L'histoire de la Chesnaie

La clinique de Chailles a été ouverte en juillet 1956. Le fondateur, le Dr Claude Jeangirard, ancien élève de Daumezon et de Henry Ey, avait 31 ans. Il était porté par le courant issu des travaux appelés ultérieurement psychothérapie institutionnelle et qui résultaient des enseignements de la période de guerre et des idées nouvelles, humanistes, progressistes et inspirées par la psychanalyse. Un rapport au ministère, dû notamment aux Drs Le Guillant, Daumezon et Sivadon, médecins des hôpitaux psychiatriques, en était la charte en 1948. Il remettait en cause la dimension et le fonctionnement des hôpitaux psychiatriques, et préconisait la création d'unités d'une centaine de lits pour se substituer à ces grandes unités ingouvernables et inhumaines.


Le but de la création de la Chesnaie était donc d'innover en appliquant des soins principalement aux grands malades du service public, ce qui veut dire séjour long, et surtout, principe fondamental, poursuite des soins et de la prise en charge tout au long de l'évolution des malades, par des moyens appropriés et diversifiés, y compris au-delà de l'hospitalisation, préfigurant déjà l'idée de réseau.
Cette conception différait de celle des cliniques privées traditionnelles, dont les prises en charges se limitaient généralement aux états aigus ou subaigus, sans intervention prévue lors des différentes périodes de sédation ni à fortiori de dispositifs faits pour recevoir la chronicité lorsqu'elle s'est constituée en psychose chronique.


Il fallait donc des installations d'un type nouveau où le personnel et les malades aient la possibilité de vivre dans une sorte de communauté mutuellement consentie et débarrassée des contraintes imposées dans les mentalités par l'idée de la folie : l'enfermement comme allant de soi, comme allait de soi que la parole ou les actes des malades soient sans conséquence, sinon au mieux que réclamer la compassion et une surveillance instrumentée. Or ni murs ni clés ont rapidement justifié la gageure : les symptômes les plus massifs s'estompaient en quelques jours, faisant place à des relations d'un nouveau genre scellées par l'appartenance à un séjour accepté comme non persécutif.


La réalisation matérielle était facilitée par les circonstances de l'époque. Un château avec de nombreux bâtiments annexes convenait à la méthode, et son acquisition était relativement peu coûteuse ; paradoxalement l'entreprise inspirait confiance aux organismes prêteurs. Les exigences matérielles de l'après-guerre en matière de confort n'étaient pas insurmontables et les spécifications de l'annexe XXIII du décret de mars 1956 n'étaient pas un obstacle, tant pour les installations que pour le personnel. Un seul infirmier DE étant exigé, sur l'effectif de trois soignants pour dix malades, ce qui permettait d'accueillir les compétences très diverses d'animateurs, de sociologues, de jeunes universitaires, artistes ou psychologues, aussi bien que des militants de différents mouvements issus de l'après-guerre et de la Résistance et que la psychiatrie naissante « passionnait ».


En juin 1956, une convention passée avec la Caisse Régionale d'Assurance Maladie de la Région Centre établissait la capacité de la clinique à 45 malades, puis, 60 malades dans les deux années suivantes. L'effectif soignant était d'une trentaine de personnes, 3 infirmières, 1 assistante sociale, 2 puis 3 médecins et une psychologue vacataire.


La psychothérapie sous ses diverses formes, inspirée de la psychanalyse --application nouvelle dans ce cadre- était le fondement de la relation de soins, au sein de laquelle les techniques proprement médicales (Electrochocs, Insuline, Cures de sommeil) trouvaient leur meilleure efficacité, pratiquées d'ailleurs "autrement" tandis que les neuroleptiques, récemment apparus et se développant, apportaient une amélioration des conduites relationnelles en les enrichissant grâce au démantèlement des délires qu'ils procurent en règle générale, et au rétablissement d'une meilleure capacité pragmatique. On notera qu'à cette époque -chose qu'on ne peut imaginer maintenant- les malades améliorés étaient susceptibles de retrouver des emplois, modestes mais rémunérés, qu'il convenait de soutenir après leur sortie par un suivi approprié.


Dès l'origine, une part importante provenait des hôpitaux psychiatriques de la région parisienne. La région blésoise apportait plutôt des pathologies moins profondes telles que les dépressions ou troubles névrotiques, et demandait aussi d'admettre les personnes âgées déficitaires.


En ce qui concerne les premiers, généralement jeunes psychotiques, il a été rapidement nécessaire d'étendre notre activité à Paris et, dès 1959, un foyer a été ouvert sous l'égide du Club, qui a permis au personnel de surveiller les soins ambulatoires en même temps qu'il facilite pour certains la poursuite d'études ou de formations.